La typicité aromatique des vins de Provence…
Essence même du vin et du terroir pour certains, vue de l’esprit pour d’autres, cette notion est véritablement liée à la renommée des vins français. La typicité des arômes si difficile à définir et à décrire fait appel à de multiples ressorts dès lors que l’on essaie de l'analyser, chère bouteille étendez-vous...
Je vous propose une approche de la définition de la " typicité " du vin :
"Lorsque un produit, du vin, définie sur des critères concrets tels que sa zone géographique de production et les cépages dont il est issu recoupe un espace sensoriel définie sur des critères aromatiques précis et constants, liés à notre représentation mentale et celle-ci change d'une culture à l'autre, un vin est dit typique de sa région de production et de la culture qui l'entoure."
Cela revient simplement à vérifier, par exemple, que l’arôme d’un vin issu de chardonnay peut se distinguer à l’aveugle d'un sauvignon, et ce de façon significative. Si oui, on peut alors dire qu’il existe une "typicité" chardonnay liée à sa zone de production, terroir et climat. Dans le cas du chardonnay cela se vérifie en France (Bourgogne), aux USA (Nappa Valley) et en Australie. Des études comparatives ont été réalisées en aveugle entre 2001 et 2006, dans le cas des vins jaunes du Jura, les résultats sont similaires à ceux obtenus avec les vins de chardonnay et l'on peut conclure qu’il existe une " typicité " pour cette catégorie de vins. En revanche, dans le cas des vins de pays rouges du Duché d’Uzès ainsi que dans le cas de l’AOC Fleurie, ces études n'ont pas conclu pour ces deux dernières catégories à l’existence d’une " typicité " propre.
En quoi un vin rosé peut-il être typique ?
Cette question est l'un des thèmes abordé lors d'une conférence itinérante organisée par le Groupe Lallemand, producteur de levure, Gilles Masson est intervenu à l'occasion de cette
conférence.
Depuis 1998, Gilles Masson dirige le Centre de Recherche et d’Expérimentation sur le Vin Rosé à Vidauban. Il nous donne sa vision de la typicité du vin rosé à la lumière des diverses études qu’il est amené à pousuivre : "Dans un premier temps, un rosé peut se définir par sa couleur. La couleur du vin rosé varie ainsi selon les régions et semble dessiner un gradient des rosés pâles au nord vers des rosés aux couleurs plus intenses au sud. Au niveau aromatique, il est impossible de trouver une molécule qui serait spécifique des vins rosés. Au contraire, la diversité aromatique est grande et on peut distinguer 2 familles : les arômes dits «libres» comme les terpènes ou les pyrazines et les arômes révélés au cours de la fermentation. Dans cette seconde catégorie, on distingue les arômes de type amylique, influencés principalement par la souche de levure, la température de fermentation alcoolique et le niveau de débourbage et les arômes de macération (type fruits rouges), impactés par la date de récolte et la gestion de la macération, au final les arômes de type réducteur, caractérisés par une dominante agrumes et dans lesquels les thiols ont une place prépondérante. Si pour cette dernière catégorie il est important de se prémunir contre l’oxydation, d’autres facteurs sont importants : la macération des bourbes, le choix de la levure, mais aussi les potentialités du terroir et du cépage."
Ainsi selon Gilles Masson le vin rosé se définit à la fois par sa diversité et par ses spécificités d’élaboration qui lui donne une personnalité si singulière et si complexe, mais aussi par les potentialités du terroir et du cépage. Les spécificités d'élaboration, liées aux techniques de vinification, et le vin rosé définie par sa diversité sont des attributs qui n'entrent pas dans la "définition de la typicité du vin" proposée aujourd'hui. Il reste donc les potentialités, terme vague, du terroir et du cépage pour définir la typicité du vin rosé. Cette étude nous montre qu'il est actuellement difficile dans les termes, de définir une typicité précise et constante du vin rosé de Provence.
Et pourtant le tibouren, un cépage typiquement provençal, est à l'origine de cette longue histoire du rosé de Provence. Les Romains l’ont importé des vignobles de Chaldée pour le cultiver sur les bords du Tibre et l’imposer en Provincia Romana (la Gaule). Il permet d'obtenir des vins rosés clairs, presque transparents, très fruités et d’un haut degré d’alcool (de 13 à 15 degrés). Il fut arraché massivement dans les années 70, aujourd'hui il redevient d'actualité et l'on retrouve ce cépage surtout sur l'appellation Palette, sur les Iles de Porquerolles et disséminé un peu partout dans le Var.
Peut-être, est-ce un retour amorcé de la typicité du rosé de Provence ?
A suivre...